La créativité selon… Émilie Ricard-Harvey

Au cours des prochaines semaines, Toast vous présente la vision de la créativité des collaborateurs et employés de l’agence.

Quelle est ta définition de la créativité? Comment la créativité fait partie de ton travail?

Pour moi la créativité, c’est capturer et préserver la spontanéité.

Des idées, il y en a partout, tout le temps, nous en avons tous continuellement. Avec le temps, j’ai défini la créativité, particulièrement celle d’un artiste, comme étant la capacité de retirer une idée de notre flot de pensées et de se dire; cette idée, je la garde et je la cultive.

J’ai été élevée dans une famille très intellectuelle où la valorisation ultime venait de la rigueur et du travail. Ça m’est très utile aujourd’hui mais au point de vue créatif j’ai aussi dû apprendre à accepter que les idées, bien qu’elles émergent de rien, puissent valoir tout, sans qu’elles demandent de travailler très fort pour les obtenir. Je reviens ici à la notion de spontanéité. Il faut savoir la préserver.

Dans mon travail, c’est également important que me souvienne de l’émotion positive que j’ai vécu en pensant à l’idée que je veux réaliser parce que ça peut devenir lourd de devoir la justifier continuellement avec plusieurs collaborateurs. On est pas toujours en meilleur terme avec notre idée. Il y a des jours où c’est la meilleure idée du monde puis d’autres, où c’est de la merde. Revenir aux sources m’aide à persévérer, même quand c’est une moins bonne journée.

 

Ton truc à donner pour une aspirante globe-trotter qui fait de la réalisation?

Quand tu voyages en réalisant, c’est à la fois un bénéfice parce que tout est synonyme de découverte, mais c’est aussi un élément d’insécurité comme on est en terrain inconnu. Il faut donc se faire confiance, suivre notre instinct et surtout, être conscient dès le départ qu’on va travailler fort. Quand je pars en tournage à l’étranger, j’ai toujours la même impression à mon retour, celle d’être parti beaucoup plus longtemps. 4 jours, c’est un mois…2 mois, c’est un an. C’est ça les tournages à l’étranger; la découverte, les stress de logistique parce que même si on est super préparé, il y a toujours des éléments de surprises, mais surtout les moments singuliers qui n’auraient jamais pu avoir lieu dans un voyage traditionnel. Tous ces éléments font en sorte que ces expériences sont irremplaçables, qu’elles soient au final positives ou non.

Un conseil que je donnerais c’est de vraiment connaître les gens avec qui on part, surtout en équipe réduite, parce que comme tout voyage finalement, on vit avec les qualités et les défauts de nos partenaires et il faut savoir les assumer et faire en sorte qu’ils ne briment pas notre créativité. Ça peut devenir vite personnel alors qu’à la maison, on aurait pu avoir plus de recul. Il faut savoir communiquer avec son équipe autant pour le côté travail que le côté plus personnel. Le but est de garder un équilibre.

 

Comment est-ce que ta passion pour le voyage se traduit dans ton travail? Est-ce que ça comporte des défis?

J’ai la chance de voyager beaucoup comme réalisatrice et directrice photo et ce qui me fascine c’est de voir à quel point le fait d’être en tournage – la plupart du temps documentaire – me donne un accès très privilégié à l’endroit où je me trouve et aux gens que je rencontre. On leur offre une plateforme pour s’exprimer et ils s’ouvrent à nous d’une façon dont on n’aurait pas eu accès autour d’un café.

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Tout le monde désire raconter son histoire. Par contre, la caméra, ça fait peur. En fait, ce qui fait peur, c’est l’idée de savoir que ce que l’on va dire sera préservé et diffusé à des étrangers. Si on fait bien notre travail, on fait en sorte que ces personnes se sentent suffisamment en sécurité pour s’exprimer. Il s’en suit un moment merveilleusement magique où la personne oublie la caméra et se confie. Ce sont ces moments que je recherche. Je suis profondément comblée lorsque ces moments se produisent. Les défis sont multiples à l’étranger; ça va de la barrière de la langue au fait que l’on est souvent en équipe réduite et que l’on a à porter plusieurs chapeaux, mais au final, le positif l’emporte toujours sur le négatif.

 

Quel est le caractère/trait de personnalité qu’il faut absolument avoir pour réussir dans ton métier?

Ouf, ça en prend plus qu’un à mon avis, mais je dirais une grande curiosité et aussi être travaillant.

 

Qu’est-ce qu’un bon contenu/bonne histoire? Où sont les opportunités de bonnes histoires?

À mon avis, il y a des histoires à raconter partout, il s’agit de trouver l’angle d’approche qui est intéressant. Comme je disais plus tôt, tout le monde a une histoire à raconter, le secret du bon contenu est dans les détails, dans la personnalisation. Ces petits détails qui font la différence. C’est le point de vue personnel qui donne la palette de couleurs d’une œuvre. Si on est 10 à vivre un même événement, on va tous le raconter de façon différente et c’est ce que j’aime de l’approche documentaire.

Je récolte des histoires pour ensuite les présenter selon ce que je ressens et que je trouve de plus intéressant, tout en gardant en tête qu’au final, j’ai une histoire à raconter. J’essaie toujours de mettre en valeur ces petits détails qui font la différence. Ce qui est étonnant (ou pas tant que ça finalement) c’est que c’est souvent dans ces petits détails que l’on se retrouve le plus comme spectateur. Plus souvent qu’autrement, il faut se battre pour ces détails auprès des diffuseurs, producteurs, collaborateurs, bref tous ceux qui ont un mot à dire sur le contenu, parce que ces détails nous affectent tous différemment. C’est là qu’il faut savoir garder le cap sans pour autant ignorer les conseils de l’entourage.

Selon moi un bon réalisateur reçoit les commentaires et suggestions, défend sa vision et se garde le droit de dire non. Le « problème » avec la créativité c’est qu’elle est intimement liée avec ce qui nous définit, alors quand quelqu’un critique et commente nos choix, on a tendance à ressentir que cette critique est personnelle alors que ce ne l’est pas. Il faut se développer une confiance pour être capable de recevoir tout ça avec équilibre.

 

Quel est le contenu que tu apprécies le plus consommer pendant votre temps libre?

Je consomme beaucoup de cinéma et de télévision, mais en télévision, je consomme du documentaire ou de la fiction. Je ne suis pas friande de variété. J’aime les extrêmes qui s’assument, une réalité brute ou un imaginaire débordant. En général, plus tu m’éloignes de la réalité, plus je trippe. Je suis très geek dans mes choix, j’a-do-re la science-fiction et les histoires fantastiques. J’adore le contenu qui a une vision de réalisation très présente, autant en cinéma qu’en télévision. Je vais toujours respecter un réalisateur qui s’assume, même si au final ce n’est pas nécessairement à mon goût. Et de plus en plus j’apprécie ceux qui arrivent à captiver mon attention de façon intelligente sur le web avec des histoires racontées en peu de temps. Une de mes pages favorites en ce moment est « great big stories ». C’est génial, plein de sujets, plein d’angles d’approches, le seul lien entre chacune d’elle est qu’elles sont dignes d’intérêts. Je pourrais raconter ce genre de contenu toute ma vie, surtout si ça me fait voyager.

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Vision de l’avenir en contenu…

Les médiums vont se diversifier, mais le fond va reste le même. Au final ce qu’on consomme c’est de l’émotion. On veut ressentir, on veut sortir de notre tête et voyager dans un univers qui n’est pas le nôtre. On va consommer sur plusieurs plateformes différentes. Réalité virtuelle, réalité augmentée, etc. mais on va continuer à consommer des histoires.

 

Un truc pour ne pas faire du contenu plate? C’est quoi l’ingrédient de base?

Les détails.

C’est une drôle de question parce que nécessairement on ne peut pas plaire à tous quand on créé et si on essaie de la faire ça va finir par être très beige comme contenu. Je pense qu’à la base, il faut être satisfait de ce que l’on a fait. Si ça nous fait tripper, on est nécessairement sur la bonne voie. Et quand c’est diffusé, ben ça ne nous appartient plus. Et quand on a une passion, nécessairement on devrait être capable de la transmettre.

 

Comment faire du contenu original, jamais vu?

En apportant ton point de vue personnel en tant que créateur. On est unique, autant l’utiliser à notre avantage.

 

Comment trouve-t-on un bon personnage?

Il n’y a pas de bons et mauvais personnages, il y a seulement une bonne façon de les présenter.

 

Pourquoi le contenu de marque?

Ce n’est pas une question pour moi. Le contenu, je vais le créer peu importe son origine, en autant que j’y trouve un intérêt comme créatrice. Dernièrement j’ai fait une pub pour la Banque Nationale avec Toast, autant à la réalisation et qu’en direction photo. Je l’ai fait parce que je savais que j’aurais la chance de rencontrer une athlète paralympique et de pouvoir découvrir et transmettre son univers, univers qui est des milles à la ronde du mien. Je ne l’ai pas fait pour plaire au client, je l’ai fait à cause de l’opportunité de rencontre, d’échange (et de visuel assez agréable à tourner on ne se le cachera pas on a pu faire des supers plans sous l’eau!).

 

Quel réseau social préfères-tu et pourquoi?

Instagram définitivement. C’est naturel pour moi. Je suis très visuelle. Mon feed est visuellement cacophonique. Je ne recherche pas l’esthétisme visuel à tout prix. Dans chacune de mes photos, c’est un moment ou une histoire que je cherche à préserver.

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